C’est maintenant que ça commence…

Certains y verront le venin d’une intime éconduite, ou encore la revanche anonyme et lâche d’une rêveuse refusant le principe de jugement, et ils n’auront peut être pas tout à fait tort. Seulement au terme de ces dix jours à mettre à plat ce qu’auront été quinze années de vie professionnelle, la motivation aura malgré tout été toute autre, et bien au delà d’une analyse primaire à rejeter ses éventuelles fautes sur un système qui échappe à chacun. A tous niveaux hiérarchiques même. Pour les éduqués et surtout les initiés, sans être forcément un expert en sociologie ni un professionnel de la vie économique, un constat sautera aux yeux de chacun à la lecture de cette tranche de vie. Une tranche de vie qui disparaîtra sans difficultés lorsque sera écrit le dernier mot, sans aucun doute. Il faut apprendre de ses échecs et savoir tourner la page. Ainsi, je le ferai bien évidemment, sans nul regret (si, peut être un) ayant l’assurance qu’après la pluie viendra le beau temps.

Bien volontairement, même si seront semés des éléments par ci par là aidant à l’identification, je n’ai pas souhaité dire ouvertement quelle société était ainsi mise en cause. Parce qu’en définitive, au delà des situations débiles qui seront détaillées, il sera surtout question d’établir une photographie d’un quotidien qui nous concerne tous. En effet, ne riez pas à la lecture de ces passages grotesques, parce qu’ils font forcément votre quotidien. Que vous soyez fonctionnaire de quel que corps que ce soit, ou travailleur du privé, vous vous rendrez compte que sans être un simple numéro d’un classeur bleu chez un fond de pension, vous vivez assurément ces débilités tous les jours. Quelle que soit la taille du service ou de l’entreprise qui vous rémunère, vous supportez au moins une fois chaque semaine ces anomalies ou cette anachronisme qui vous démobilise ou vous fait baisser les bras. Au point de mettre en péril l’ensemble de la structure, et au final vous décide à vivre au jour le jour pour ne pas faire partie de ceux qui s’impliquent au point d’y laisser leur santé.

Je n’ai nullement ces qualités, et encore moins ces prédispositions à établir un constat exhaustif et chiffré, disposant d’un niveau scolaire bien réduit. Seulement, ce long passage à côtoyer des numéros qui avaient le don de mordre la main qui les nourrissait, quand ils ne la volaient pas, me donne une légitimité au jugement. A l’image de celui que tous ces bureaucrates se seront permis tout ce temps à mon sujet, sachant que tout l’ensemble et surtout leurs postes tenaient essentiellement grâce à mon travail. Pendant toutes ces années j’étais dirigée par ceux là même qui étaient confortés dans leur fonction grâce à mon professionnalisme et ma dévotion. Au dessus de moi trônaient des petits chefs qui passaient leur journée rivés sur un écran à ausculter le fruit de mon quotidien, et quand ils se risquaient à mettre le nez dehors c’était pour s’organiser dans un bel hôtel un spectacle d’autosatisfaction sur des résultats qui n’étaient pas les leurs. Il arrivait aussi qu’ils sortent de leur bureau pour rendre des comptes à un patron, en prenant bien soin de pointer du doigt la difficultés à recruter sur le terrain alors qu’ils n’y mettaient jamais les pieds. La prédisposition de ceux-ci à acquérir une légitimité en maîtrisant chaque niveau de qualification, et ainsi en imposant par là même une reconnaissance évidente de leurs effectifs de base, n’était pas leur leitmotiv bien malheureusement. L’art et la manière d’entretenir l’illusion car de toute façon personne plus bas ne se risquerait à la contradiction, de peur de perdre son emploi. La fréquence avec laquelle j’aurai vu mes supérieurs aller chercher des commandes et ainsi prouver leur valeur sur toutes ces années, me laisse vraiment perplexe sur le devenir de la société. Ou de nos sociétés.

Bien évidemment l’organigramme étant découpé de la sorte, ils diront que là n’est pas leur rôle. Si les chefs commençaient à transpirer pour mériter leur salaire, et s’il leur prenait l’envie de s’acheter une légitimité au regard de leurs sous fifres, où irait donc l’entreprise ?! Car là est toute la question. Où va donc l’entreprise ?

Pendant tout ce temps je me suis affairée à accumuler des montants impressionnants de facturation pour un résultat de référence dans le domaine. Ce gros négoce national leader de sa partie, se risquant un temps à l’étranger, était toute ma fierté. Au point d’y investir de l’argent les yeux fermés quand se présenta l’occasion. Peu importaient quels étaient nos propriétaires, puisque leur approche financière et structurelle n’était que le signe évident d’un savoir compter. Tous avions l’assurance par ces énormes profits, de ne jamais courir après nos rémunérations; et par les temps actuels travailler chaque jour sans avoir à s’inquiéter de la trésorerie de son employeur était une aisance bien exceptionnelle.

Aujourd’hui le marché de la construction s’effondre et il ne faut pas être fin analyste pour comprendre que tout ceci sera durable. Ces générations disposées à investir dans une pierre autre que la résidence principale disparaissent au terme d’une vie à assumer jusqu’à deux descendances quand en plus ce ne sont pas leurs propres parents. Au vu du coût de la vie, elles sont les seules à bénéficier d’assez de liquidités pour faire fonctionner la machine. Et comme l’immobilier n’assure plus de rentabilité attendu que les prélèvements ne cessent d’évoluer, et qu’un locataire a bientôt plus de droits que son bailleur et que tout sera toujours fait pour favoriser son confort au détriment de celui du propriétaire. Qui voudrait se faire mal en mettant des billes dans ce secteur à l’avenir ? Un seuil du nombre de détenteur de biens ne sera jamais franchi, et chez nous il faut se mettre dans l’idée qu’il est atteint. Comme il y aura toujours des patrons et des employés, il faut se mettre en tête qu’il en va de même pour ceux qui auront la chance de passer devant un notaire après la banque. Même s’il fut un temps où tout le monde pensait avoir cette prédisposition, temps dont nous en subissons encore les conséquences aujourd’hui.

Cependant là n’est pas le sujet.

Même avec un taux de rentabilité divisé par plus de deux en sept ans, il n’en demeure pas moins que l’ensemble peut être sauvé. Il suffirait déjà que chacun à son niveau soit informé de son coût réel sur la structure et de la valeur ajoutée qu’il produit. Ainsi, avant de remettre à sa place du plus petit chef au plus haut placé, ce classement aurait le mérite de rétablir certaines vérités qui éviteraient ces discours plein d’humilité s’ils n’étaient tard venus. Comme alors le 29 août 2014, lorsque la direction régionale sud conviera l’intégralité du service commercial à une énième grande messe qui n’aura de but comme les autres, que de nous dire qu’il faut se lever le matin pour aller travailler. Rien de plus classique donc. Mais qui au grand étonnement de tous les commerciaux, entendra notre juge suprême local tout penaud, vanter notre travail  reconnaissant nos difficultés et le professionnalisme qui découle de notre labeur, dans un monologue d’une si supposée tristesse que nous aurons envie de le prendre dans nos bras. Mais surtout signifiant par delà, que notre société était fiable financièrement et que ceci ne se retrouvait pas forcément chez les autres distributeurs… Sans parler de rémunération, donc de l’essentiel, en gros il nous passera une superbe pommade parce que plus haut aura été vivement souligné que l’ensemble du système dépendait de ces petites mains. Et qu’à juste titre il était nécessaire de le rappeler de temps en temps, en courbant l’échine s’il fallait. A moins que ce ne fut à cause des départs qui s’accentuaient à nouveau chez les itinérants…

Pour plus de détails antérieurs à cette humble complainte de ce qui prétendait être un maillon essentiel et exemplaire, il vous faudra lire ces différents chapitres que j’ai pris soin de segmenter selon les niveaux de responsabilités. Il va sans dire que tout ceci est évolutif en fonction des souvenirs que j’aurai à y ajouter. Vous allez ainsi rentrer dans mon quotidien, qui est aussi le votre ne l’oubliez pas.

Vous êtes prêts ?

C’est maintenant que ça commence…