16 mars 2015 ~ 0 Commentaire

Attrape-moi si tu peux.

Lorsque j’arrivais sur cette agence, il devait avoir à peine quatre ans de fonction entant que chef de dépôt. Il était le cadre de la plate forme principale du secteur, et mon dépôt de rattachement était un satellite pour lui en somme. Plus tard donc viendrait l’ouverture d’un magasin, qui se définissait comme tel parce que dénué de camion pour les livraisons, ne vivant que des enlèvements de marchandises alors. Comme partout, au sain de notre réseau pour l’avoir vécu juste avant, comme à la concurrence que je sus plus tard lors d’un entretien d’embauche, il était de coutume de voir s’animer une rivalité entre sites pour savoir qui serait le meilleur, à tort ou à raison. Une émulation qui ne dirait pas son nom, mais dont je doute qu’elle fut à l’origine de nos dirigeants tellement nos cadres n’étaient pas assez fins psychologues pour orchestrer tout ceci.

L’image que j’eus de lui était avant tout guidée par la critique inquisitrice de son équivalent à mes cotés. Je ne pouvais alors pas produire de jugement quel qu’il soit sur sa personne, attendu que je devais le croiser tout au mieux deux fois par mois, trônant derrière son bureau à (déjà) orienter ses effectifs dans leur travail. Ainsi, durant quatre ans, nos échanges se limitèrent à des salutations et peut être un semblant d’intérêt allant jusqu’à me demander si mon week end s’était bien passé… Les occasions que j’avais à entendre parler de lui étaient surtout matière à critique alors, plus qu’à m’entendre dire qu’il était vraiment un professionnel dans son domaine. Cela dit, des échos des performances de ses prédécesseurs à son siège, il ne faisait aucun doute qu’il était bien plus facile de succéder à des incapables plutôt qu’à un bon qui aurait eu la lucidité de quitter l’enseigne tellement l’agence était au fond du trou à cette époque.

Ce fut durant l’été 2009 que je pus l’approcher et commencer un réel rapport de chef à subordonnée qui allait s’étendre jusqu’à mon départ définitif. Celui qui était à l’origine de ma mutation disparaissait du paysage, et le Stagiaire s’asseyait à son siège même avant que celui-ci soit vide. Ainsi, mon chef des ventes désigné pour de hautes fonctions, laissait lui sa place à ce prédisposé et convaincu qui jouait des coudes depuis quelque temps déjà, ou tout du moins qui avait manifesté son intérêt pour l’action sous peu. Ainsi, après un poste de sédentaire à distribuer leurs devoirs à ses magasiniers, je le revois me dire qu’il avait quelques années avant assuré un rôle de commercial dans la grande distribution et que tout ceci n’avait rien de nouveau pour lui. Maintenant que j’y repense, je crois que le tableau était tellement idéal et édulcoré que c’est peut être dés ce moment-là que je n’y ai jamais cru. Par la suite, en raison notamment de ses initiales qui allaient de paire mais encore plus par ses prédispositions à…l’action, il fut alors désigné comme le Double Zéro.

Tout le temps où son supérieur permanent avait son bureau à l’opposé dans l’unique couloir, j’ai souvenir qu’il ne changea pas ses habitudes. Il était passé d’un statut de chef de dépôt à celui de chef des ventes, sans rien changer à son quotidien. Il demeurait sédentaire, ne mettant jamais les pieds dehors, et encore moins chez les clients. Ce qui faisait dire aux commerciaux que nous étions, que ce gars ne connaissait rien du rapport vendeur client. Bien avant sa promotion un éternel refrain faisait foi dans l’entreprise, mais lui donna une bien meilleure image des évidences commerciales auxquelles il ne se confrontait jamais. Là en somme reposait la défaillance principale du système de notre réseau, des pièces essentielles qui croyaient savoir alors qu’elles étaient incapables de distinguer la nature des choses. De ces choses dont elles devaient assurer le relais.  Ce grand magicien vissé toute une journée derrière son bureau était capable de tout savoir des chantiers que les commerciaux démarchaient, alors que jamais sa voiture ne quittait le parc. En fait, l’élément essentiel qui avait changé dans son quotidien était ce véhicule offert par l’agence et qui lui servait avant tout à accompagner son gamin à la montagne le week end, ou à déposer celui-ci à l’école chaque matin pour huit heures et demi. Il partait avec le handicap de ne rien connaître de l’extérieur, et avec le temps ne combla en rien cette infirmité.

Durant les dix huit mois que le Stagiaire demeura à son poste, celui-ci poussa pourtant pour qu’il se mette davantage en contact avec ceux qui nous faisaient vivre. Mais rien n’y fit. Une semaine passant il modifiait ses habitudes en sortant histoire de dire que la C4 avait usé du pneu, puis le naturel revenait assurément au galop et ce à la grande déception de la secrétaire notamment. En effet, quiconque aurait pu penser qu’il se concentrait sur son bureau pour parfaire au mieux son travail entre quatre murs, seulement une ne voyait pas l’initiative par cet aspect. Comme précédemment, sa fonction reposait sur l’activité de sous fifres, et quand les vendeurs étaient loin, elle était vouée à s’activer pour palier à son désintérêt pour certaines contraintes. En somme elle faisait le larbin de monsieur. Et en plus de se rassurer vertement quand il nous soulignait que les commerciaux étaient ses fusibles s’il devait justifier son manque de résultat, il attestait un peu plus que dans cette entreprise un chef ne prenait que le bon puisque les crasses étaient bien évidemment à la charge des petites mains. Ainsi, sept ans après mon entrée chez ce leader national, de tels propos ne m’exaspérèrent même pas, attendu que d’une région à l’autre ce sentiment de couverture hiérarchique par malice était le lot dans toutes les sociétés privées. Ne pas comprendre qu’à notre bas niveau il y aurait toujours un chef pour nous charger afin de se couvrir était presqu’une erreur sociétale, ou du moins professionnelle.

Bien sûr, comme celui du dessus fut éjecté à cause des résultats de l’agence, le petit rusé (et pas moins objectif) qu’était le directeur régional en ces temps conclut que le chef des ventes était forcément de la même trempe, et que lui aussi était à changer par la même occasion. Bien après, le bruit qu’ils aient voulu s’en débarrasser arriva aux oreilles de tous, mais il fut aussi entendu qu’il n’aurait jamais accepté de signer, prétextant que la somme ne lui convenait pas du tout au sortir. Ainsi, soignant déjà un cadre et non des moindre sur le secteur, la direction eut peut être un éclair de lucidité à ne pas virer tout le monde car ne seraient restés que des sous fifres et à peine un chef cadre sur mon dépôt de rattachement. Au vu des chiffres il ne fallait peut être pas provoquer le diable à sanctionner tout le monde, mais donner du temps à des mauvais était aussi l’assurance de davantage de difficultés à les faire partir plus tard, en raison de leur ancienneté. Donc, il sauva une première fois sa place.

L’année qui suivit fut un peu plus sportive pour lui. En effet, nous avions donc hérité d’un chef d’agence par intérim quittant sa montagne chaque fois qu’il venait nous voir, et malgré ses chiffres le faisant bon dernier de la classe du sud chaque année (donc tout pour faire profil bas) la confrontation s’avéra très tendue. Car Françoise la Bourgeoise avait le pragmatisme bien au revers qu’était cette contrainte professionnelle, et lui le premier savait à qui il avait à faire. En somme les excuses que pouvait lui trouver le précédent chef d’agence au point de se mettre en danger dans sa fonction, n’allait pas être le penchant de ce nouvel arrivant. Il nous méprisait tous, et de ses douze mois de passage, s’il avait pu s’en accrocher un au mur tel un trophée, il s’en serait félicité sans nul doute telle une bergère devant son beau gâteau de riz. Ainsi, faute de me croquer et parce que mes résultats parlaient pour moi, il se concentra sur son principal interlocuteur. Assurant le poste une journée chaque semaine, l’essentiel de l’organisation de l’agence reposait sur les épaules de notre chef des ventes qui plus d’une fois faillit faillir tant physiquement que psychologiquement. Il faut croire que la Bourgeoise prenait un malin plaisir à lui mettre la pression, même si nous l’avions tous, au vu des différentes réclamations de clients qui restaient sans aboutissants à cause d’un chef qui nous voyait tous comme des demeurés. Les chiffres continuaient à chuter, l’ambiance était détestable par une rivalité au delà des dépôts mais atteignant chaque individu plus précisément.

Devant la complication à travailler, il y eut deux départs sur le magasin cette année-là. Le magasinier durant l’été, puis le chef fin décembre 2011. Ce dernier avait exercé durant six mois seul à assurer l’ouverture et la fermeture avant de recruter un jeune pour palier le manque de personnel; développant au maximum le chiffre puisque la marge brute sur ce seul site était montée à deux cent quatre mille euro au terme du bilan. S’efforçant de faire au mieux et en somme voué à l’entreprise, il voyait la Bourgeoise débarquer le vendredi pour lui signifier qu’il y avait de la poussière sur le comptoir ou que les marchandises qu’il était seul à décharger donc, n’étaient pas rangées leur préférant plutôt les clients à servir. Il arriva que le chef des ventes s’absente de son bureau, mais à cette période c’était davantage pour souffler et prendre le large j’imagine. Car plus d’une fois le chef de dépôt principal avait failli en venir au poing, tellement se défilant en permanence il accablait les magasiniers devant les clients, préférant les charger plutôt que reconnaître ses défaillances. Et parce que les deux autres points de vente ne le voyaient jamais, ils s’en plaignirent peut être à raison; mais je pense plus que le jeu était d’appuyer sur la tête de l’incapable, et comme tous le chef connaissaient ses vraies capacités à assumer, chacun prenait un malin plaisir à le rabaisser. Je le savais incompétent, mais je n’ai jamais cherché à me déresponsabiliser à ses dépends. Bien sûr, il m’est arrivé de rire de lui et d’ironiser sur sa personnalité fausse et roublarde, même malsaine à certaines occasions. Et toutes ces années depuis plus de cinq ans, une unique fois j’ai assuré mes arrières par mail le voyant me contourner discrètement pour me mettre sur le dos un de ses méfaits. Ainsi, même s’il traînait des casseroles depuis tout ce temps, quel que soit son poste, je savais comme beaucoup à qui j’avais à faire, et qu’à la moindre inattention il serait la source de mes difficultés, rien que pour sa sauvegarde.

Cela dit, il faut rendre à César ce qui appartient à César. Durant cette période je n’ai jamais eu si bon copain sur mon lieu de travail. Sentant le vent tourner attendu que Françoise l’avait dans le nez, et comptant ses alliés il était aux petits soins avec moi. Je pense même que si ces douze mois avait vu mon volume de marge s’éroder de neuf points, demeurant bien confortable dans mes objectifs malgré tout, ce fut l’année où j’ai été la plus tranquille. A part un chef de dépôt qui envoyait paître mes clients, j’assurais le boulot le plus sereinement du monde.

Ouvertement Françoise interrogea ce chef de dépôt qui me faisait défaut. Celui-ci lui répondit alors que ça relevait de sa responsabilité, et que ce n’était pas à lui de décider pour lui s’il devait se débarrasser du chef des ventes. Avec le temps je ne pense pas qu’il eut envie de le faire franchement. C’était son seul interlocuteur sur le secteur, il aurait alors coupé la seule ligne d’informations et de guet qu’il avait depuis sa montagne. Aussi incompétent qu’il puisse être dans cette fonction, il aimait à le châtier même si nul besoin de ça pour comprendre qu’il faisait ces choses pour s’affirmer, et par amour du dénigrement. Puis la question disparut soudainement, alors que depuis dix mois elle le taraudait, ou faisant semblant pour un peu plus de pression sur l’intéressé. Par les deux départs successifs du magasin ainsi qu’un commercial de six ans en juillet, et donc un besoin de recruter, il sauva une deuxième fois sa place. Et puis s’il eut un doute quant à cette assurance, plus tard en fin d’année fut nommée Princesse, et un sursis vu le jour de ce fait. Le personnel tournait à nouveau et des cadres changeaient, puis comme souvent il était évident que la direction laissait alors au moins une bonne année pour voir comment tournaient les événements avant d’ajuster si besoin. Ainsi, dés janvier on remettait la balle au centre, qui plus était qu’un nouveau patron avait été nommé à la direction.

Alors que six mois auparavant la décision avait été prise de commencer à me prendre des clients, c’est vraiment à partir de 2012 que le poste de chef des ventes évolua grandement. Déjà une tablette informatique fut confiée aux commerciaux pour donner des lignes d’écritures à ce qui avait toujours été verbal depuis toutes ces années. On mettait alors sur un serveur le contenu de nos visites client, dans un premier temps pour avoir en mémoire ces informations que nous gardions en tête depuis tout ce temps, puis le tout devait évoluer vers des fonctions complémentaires devant nous faciliter la vie. Enfin à cette annonce les choses nous furent présentées comme telles. Il était évident que tout ceci relevait du simple flicage, nous mettre dans les mains une nouvelle fois un support que nous devions remplir et ainsi souligner nous-mêmes nos faiblesses, quelles qu’elles soient. Nous tendions vers davantage de contrôles sur nos tournées, et notre supérieur en était l’instrument via cette unité informatique.

Dés cet instant, le Double Zéro eut l’honnêteté et la maladresse de nous dire qu’il ne maîtrisait pas du tout l’outil. En fait, passé le logiciel de base qui datait de la préhistoire et qui faisait l’essence même de la culture de l’entreprise, puisqu’elle avait toujours fonctionné à l’économie, il était tout juste capable de situer une souris. Ainsi, à sa grande satisfaction, comprenant que les choses ne seraient pas négociables, et par volonté de faire au mieux sans avoir à traîner ces lacunes, je décidais de m’y soumettre pour au moins me libérer de ce front, rien de plus. Je pense qu’à cet instant comme par la suite, il ne comptait plus les réunions à ce sujet où mes statistiques pouvaient être mises en avant. Je relevais la moyenne de l’agence comme de la région par mes saisies, et jusqu’à la fin par lucidité je sus que j’étais exemplaire à ce propos. Je comblais ainsi le retard que prenaient mes collègues sur la route, et qui n’avaient pas mon organisation. Nulle prétention mais rien que du réalisme.

Cette année là commencèrent les tournées accompagnées de notre chef. Le nouveau venant d’Espagne me dirigea un temps, peut être six mois, et il passa très rapidement le relais à l’ambitieux si peu prédisposé. Comme souvent chez les cadres de l’entreprise, il fallait montrer son enthousiasme car la moindre contraction était une opposition à la marche de la société, donc matière à exclusion. Il allait sans dire que tout ceci était une misérable décoration de façade parce qu’un peu plus d’obligations alourdissait un quotidien déjà très édulcoré. Pour peu que ces messieurs commencent leur journée sans savoir quoi faire, ce qui était le lot de beaucoup qui même au terme de plusieurs années de pratique arrivaient le matin sans programme particulier. Ainsi, tout était merveilleux, fantastique, et plein d’aisance à venir puisque certaines tâches originelles compliquaient l’existence de tous chaque jour. Les réunions  se transformaient comme souvent en de magnifiques concours de fellations à l’attention de celui qui annonçait le changement, c’est à dire le directeur régional. En somme rien de nouveau chez les cadres depuis toutes ces années.

Sans revenir sur le principe de retirer des clients au meilleur commercial et les distribuer à ceux qui ont des défaillances ou à des nouveaux venus, par delà ces changements il n’en demeurait pas moins que le rôle d’un chef était de motiver ses troupes. Donc, pour l’envie j’avais déjà moi-même chaque matin qui partais toujours du bon pied, on appelait ça conscience professionnelle. Mais un peu plus on voulait nous faire croire que sa présence était essentielle, ou tout du moins voulaient-ils s’en persuader; puisque le chef des ventes commença à être vraiment derrière chacun à s’affirmer et se tenir au courant, comme l’aurait fait un responsable d’agence pour dire que bien sûr il savait. Déjà bien disposée, la société tourna à la minable administration, tant en formulaires qu’en remontées de données, et en information à ses supérieurs. Cette machine devint pire qu’une préfecture. L’entrée de nouveaux commerciaux en était le parfait exemple. Tout juste si un chef ne leur expliquait pas sur schéma la marche à suivre pour tirer une chasse d’eau et penser au préalable à baisser le pantalon avant d’envoyer; quand ils n’étaient pas titularisés au bout d’un mois alors qu’ils sortaient de deux semaines d’intégration au siège. Détailler toutes ces lamentables obligations faisait rire tout à chacun, seulement ces débilités administratives avaient le don de stresser davantage notre supérieur qui plus d’une fois nous montrerait qu’il ne savait pas gérer la pression.

Ainsi, tout comme à nos yeux, passer une journée avec ses commerciaux à aller voir les clients était une contrainte pesante pour lui. A tel point que ses rapports papier étaient bien faussés en précisant des visites sans interlocuteurs. En effet, il était convenu au dessus, qu’une journée en clientèle par définition devait comprendre minimum sept heures d’activité. Et comme tout ceci arrangeait chacun, au mieux rendez-vous était pris un peu avant neuf heures et demi, pour libérer au plus tard l’érudit bien avant le repas du midi. Ce dernier comme son subordonné s’en félicitait, car personne n’imaginait avoir à supporter l’autre plus de trois heures. Un arrangement qui ne disait pas son nom, tout le temps où personne en dehors de l’agence ne viendrait contrôler. Plus tard chacun repartait vaquer à ses occupations, et l’illusion était bien entretenue. Où était le mal ? Qui plus est pour remplir des rapports que personne au même titre que nos entretiens annuels individuels ne prendrait la peine de lire. A moins de vouloir s’en servir pour opposition. Ce que je vérifierais par la suite…

Pour illustrer le niveau d’irresponsabilités du Double Zéro, rien n’était mieux que de s’arrêter sur l’accrochage que j’eus en septembre 2013. Cette fois quittant un parking sans aucune visibilité un scooter me percutait, et ma responsabilité était ainsi établie. Outre qu’à cette époque je confiais au garage le véhicule avant restitution définitive et que je prenais livraison du nouveau, nous avions déjà une voiture fantôme qui circulait conduite par un ATC qui ne faisait plus partie de l’entreprise. Plus tard, cette première C3 réparée profiterait au chef de dépôt principal en attente de son véhicule personnel, avec bien sûr la carte carburant fournie. Donc cinq voitures à charge sur l’agence à cette époque, et trois de productives.

L’assurance ne mit pas plus de deux jours avant de m’adresser le courrier attestant de ma responsabilité. Seulement un mois plus tard le commissariat, prenant soin d’agiter le dépôt de plainte possible, me contacta pour demander à ce que je téléphone au père de l’accidenté car de son coté son interlocutrice réclamait un constat puisque le procès verbal rédigé par le policier ne suffisait pas. Ainsi commença une énième parodie de management. Sentant la complication à remplir un document avec un mois de décalage, et sur un litige pour lequel mon assurance s’était prononcée, je demandais au vif d’esprit qui me chapeautait de bien vouloir se rapprocher du siège pour que je libère le père de ce fil administratif, et que je me libère déjà moi de poursuites. J’ai souvenir d’avoir précisé que ceci était urgent. Seulement j’avais presqu’oublié tomber sur un qui avait l’habitude de transmettre et d’attendre. La procédure comme il disait si bien, toujours la procédure. Alors anticipant ce frein évident à mon avancée, je décidais de moi-même appeler les services concernés, précisant bien sûr qu’on me joigna les messages écrits gage de validité. Ainsi, je pus tout solder très rapidement. Cependant par la suite le débile ne trouva rien de mieux que de me reprocher de l’avoir sollicité pour faire la démarche en parallèle, la pleureuse une fois de plus miaulait qu’un soit passé plus vite sans patienter après monsieur le deux de tension. Très expéditive, je lui soumettais alors l’idée que si quiconque se plaignait que j’ai évité une procédure judiciaire pour coups et blessures involontaires à la société, il fallait qu’il me l’envoya et je lui aurais alors expliqué avec mes mots…!

Durant les vingt quatre mois qui passèrent, les chiffres ne furent pas exceptionnels. Mon dépôt de rattachement continuait de s’effondrer (cinquante pourcents de perte de chiffre en deux ans) , une catastrophe avait été nommé au magasin (lui aussi le chiffre presque divisé par deux), et dans le meilleur des cas le site principal relevait le nez un mois mais rarement deux de suite en définitive. Nous étions alors bien ancrés dans cette crise que nous regardions de loin depuis quelque temps, tant notre chiffre était consolidé et nos impayés moindres. Toutes ces précédentes années il y avait toujours eu de l’évolution, lilliputienne mais réelle. Et je pense que ce fut l’élément qui sauva notre supérieur à cette époque. Il semblait que la direction croyait plus disposé un individu à développer une agence en période morose plutôt qu’en temps de croissance… Par la suite voyant son chef ne rien changer, alors qu’à sa nomination tous espérions un grand bouleversement, avec cette perle pleine d’ambitions et de bon sens au dessus de la mêlée, personne par son acharnement professionnel et le plus humainement du monde ne chercha à sortir du lot. Nous devinions que chacun des deux essayait de préserver sa fonction, et que les maux étant connus depuis tant d’années, nul décisionnaire ne prendrait l’initiative. En somme nous en étions à nous poser la question si ce gros tas n’arrangeait pas les uns et les autres. Puis l’évidence apparut pour ceux qui n’avaient pas encore compris le dessin, il fallait toujours s’accommoder d’une verrue à coté de soi, parce que celle-ci serait forcément utile le moment venu de se justifier. Et la verrue était toute trouvée, puisqu’elle était connue de tous depuis au moins quatre ans.

Deux ans après, malgré des chiffres guerre meilleurs qu’une simple entreprise de transport publique, notre chef d’agence fut promu et nous laissa dans les bras de ce lumineux performeur. Nous revenions trois ans en arrière lorsque qu’un responsable voisin prit l’intérim sur le secteur, supportant ainsi deux agences plutôt qu’une. Dés ce moment, je sus par différents fournisseurs qui les premiers riaient de nous voir prendre nos consignes d’une telle anomalie, que le DR hésitait entre lui et moi à congédier. En effet fin 2013, sachant que de toute façon il était incapable de tenir une agence, donc bloqué de toute évolution, il subit tout un tas de pressions comme de contraintes afin de le faire céder. Depuis bien longtemps se développait la communication par internet, et les réponses devaient presqu’être instantanées, même sur des détails non vitales pour la structure. Mon cas était cité parce que depuis deux ans mes chiffres chutaient en raison des différentes villes qu’on avait pris soin de me soustraire de mon fichier. Mais de leur analyse il en ressortait bien évidemment que je devenais incompétente, moi aussi. C’est pour ça je pense qu’il était à ce moment question de me mettre au même niveau que mon chef. Alors que lui comme tous les cadres était un parfait improductif à mon opposé puisque je ramenais encore plus de deux cent quarante mille euro de marge brute cette année-là.

Comme le Stagiaire en son temps, il nous arriva souvent de plaisanter à l’imaginer durant les réunions DR à essayer de comprendre le raisonnement. Nous le voyions chaque jour aborder le fonctionnement de la société, et régulièrement nous avions honte de l’image qu’il pouvait donner de notre agence auprès des autres quand il se mélangeait à des décideurs. Même si nous savions que parmi ses collègues beaucoup était comme lui des erreurs de casting, il nous paraissait difficile de concevoir que le Double Zéro pouvait prétendre nous diriger alors qu’il était capable de si peu de choses. L’ironie dans cet ensemble sera toujours restée à mes yeux l’aisance qu’on avait à désigner des chefs commerciaux, ou même chefs d’agence, des personnes qui n’avaient aucune notion de commerce et encore moins d’acte de vente. Bien sûr avec le temps certains auront fait leur apprentissage, mais bien après intervenait l’encadrement. Objectivement peut être avant que je ne m’installe sur cette agence, mais durant près de dix ans sur celle-ci, à aucun moment je n’ai eu à fréquenter un chef qui me donne l’impression de se battre pour moi. Aucuns de ceux qui se sont succédés, ne m’ont donné l’envie d’aller en découdre parce qu’ils assuraient mes arrières quoiqu’il arrive. La confrontation était dans l’équipe, et en définitive la concurrence éclaircissait notre horizon. Ainsi, Caroline avait parfaitement raison en son temps à dire que chacun était voué à son employeur, seulement le leitmotiv à diviser pour mieux régner avait toujours eu cours dans cette société.

Très franchement, mais pas au point de se loger une plume rouge dans le derrière et courir nu autour de la C3, mon chef des ventes me mit en garde plusieurs fois des coupes brusques qui pouvaient avoir lieu à ce moment. Je ne sais pas s’il était au courant que son poste était aussi visé, mais il avait au moins l’honnêteté de communiquer sur les bruits qu’il entendait de son coté. 2014 ne s’annonçait pas mieux en croissance, et en janvier je voyais encore des clients m’échapper comme depuis deux ans et demi. A la rédaction de ces lignes, au même titre que toutes ces années passées à ses cotés, je reste convaincue qu’il avait dix fois plus de pression que moi. Ma situation personnelle me permettait de continuer à rire de ces débilités administratives, et de sortir du lot à le dire hautement.

Pas lui.

Laisser un commentaire

Vous devez être Identifiez-vous poster un commentaire.