15 mars 2015 ~ 0 Commentaire

Que la Farce soit avec toi !

C’était un peu avant Noel 2011. Son nom avait circulé, mais bien avant celui-ci son dépôt d’origine. Tous imaginaient une pointure vu que Françoise avec trente cinq ans de bouteille n’avait pas forcément assuré, et bien avant lui des « novices » cadres depuis plus de dix ans avaient lamentablement échoué. Ainsi, autant espéré que redouté, son nez pointa courant décembre la veille de l’inventaire pour officiellement prendre possession de son bureau le premier du mois suivant.

Je me souviens de la réflexion du chef de magasin quand il le croisa pour la première et dernière fois puisqu’il partait pour de meilleurs cieux en janvier. « Celui-la, il vous la mettra…! »

Son âge détonnait, tout comme sa présentation. On aurait pu croire qu’il avait mis les petits plats dans les grands au premier abord, mais il n’en fut rien. Effectivement, il demeura à cette image, et donc à cette première impression très objective. Il resterait cet individu faisant caresser à la bourgeoise le croisant, un peu plus chaque fois, un orgasme certain, avec son profil de gendre idéal. Toujours propre sur lui, costumé et d’un vocabulaire documenté comme méticuleux et on ne peut plus soigné aussi. Ce que nous, barbus des collines méditerranéennes ne serions jamais, et par la même occasion nous subjuguait  par son inaccessibilité, tout du moins dans cette maigre vie. Une fois de plus, il nous était caché pas mal de choses à son propos, mais tout ceci relevait d’ambitions managériales je dirais. Si d’entrée on jouait la transparence en entreprise sur nos supérieurs, que resterait-il de manager ? Donc d’autorité ?

Ainsi, comme certains en avait la spécialité sur l’agence, il suffisait de courber l’échine et de laisser venir. L’objectif pour toute personne nommée quelque soit le poste, était aussi de la laisser prendre ses aises et alors nul besoin d’ausculter son passé pour en ressortir forcément ses casseroles. Elles allaient se révéler d’elles-mêmes à nous. Plus tard, son passé allait nous éclairer sur ces actes qui trouveraient alors toute leur signification, une signification parfaitement envisageable pour les initiés. Seulement à Noel 2011, lorsque chacun pu consulter son profil sur le net, il n’y avait qu’élan positif, grandes ambitions, et promesses d’une crise qui n’était que dans nos têtes. De l’entreprise donc, pas de la politique.

Il avait intégré l’entreprise cinq ans auparavant, au terme d’études assez longues. Je serais bien incapable de les situer, parce que le voir me suffit simplement à comprendre à qui nous avions à faire. Il y a bien longtemps que j’ai cessé de juger les gens sur leurs diplômes, n’en ayant moi-même pas spécialement. J’ai le tord de me faire une opinion en fonction de la capacité de chacun à se faire mal pour aller chercher son salaire. Le concernant il y eut à boire et à manger, donc. Dés les premiers instants, on sut qu’il avait exercé en Espagne près de Barcelone, puisque tout était bien spécifié sur l’écran. Le chiffre d’affaires, les effectifs, les différentes fonctions accolées au poste, et que j’emploie des mots que même un banquier payé à compter les points ne saurait interpréter… Afin de bien aider le cerveau dans la masturbation en somme. En espagnol et en français, et puis davantage si vous vouliez vous faire griller un neurone pour la déco.

Revenant du pays qui avait bien ramassé depuis 2008, tout laissait à penser que nous étions face à une pointure donc. Même si la filiale était un boulet aux dire de la patronne de cette époque, et qu’il fallait en profiter pour dégraisser. Alors que quelques années avant 2005, cet eldorado était vu par nos hauts supérieurs comme une terre où l’électricité venait à peine d’être installée. Il y avait tout à faire, et surtout des dépôts à racheter, à un prix déjà élevé puisque le concept était quand même de se reposer sur une structure déjà existante et ainsi la développer. Alors on prenait place, la boutique se rêvait multinationale, et tous les écarts pouvaient être tolérés.

Il faut dire qu’à cet instant son parcours scolaire et ses cinq années à l’étranger avaient calmé tout le monde. Je suis même sûre que le DR qui nous le présenta était persuadé qu’un jour il lui rendrait des comptes à l’inverse. Un gars qui venait du nord, acceptait de faire escale auprès de la grande bleue sans retourner voir forcément papa et maman là haut dans l’immédiat. Ca imposait le respect. Même si nous savions que les fermetures au delà de la frontière rassuraient le siège, régi par un code du travail qui n’était pas français en définitive, il nous venait alors à l’idée que ce gars ne devait pas être mauvais, et qu’effectivement il pourrait avoir de grandes ambitions. Tout du moins ses supérieurs à son propos. Lorsque je l’interrogeais, nous étions prêt à passer alors outre le fait qu’il soit incapable de nous donner les prix d’achat pratiqués de l’autre coté sur un produit phare tel le tube de cent en plastique, qui était la tête de gondole de l’entreprise depuis toujours (…).

En fait, il ne nous a pas déçus. Je pense qu’au dessus aussi il en ont eu pour leur cause. Mais rien ne valait le terrain.

C’est lui qui s’exerça à parfaire mes multiples redécoupages de secteur. Avec chaque fois le sentiment qu’il le faisait pour mon bien. Un superbe vendeur ! Je me faisais élargir l’oignon, mais je devais y trouver mon bonheur. En effet, passé février 2012, il m’annonça une majoration salariale semestrielle correspondant à mes performances de 2011, qui était censée combler mon manque à gagner cette année-là. Seulement au terme de ces six mois, elle disparaissait parce que le siège considérait que ma prospection au septième mois aurait porté ses fruits et que sans complément je devais pouvoir atteindre mes objectifs naturellement. En gros, on m’amputait d’une jambe, dans sa grande générosité mon chef d’agence (parce que Monsieur me laissait entendre qu’il avait été négocier au siège pour moi bien sûr) me prêtait un membre artificiel pour six mois, et comme j’étais un bon soldat à échéance je serais capable de me trouver une nouvelle jambe toute seule. Six mois avant déjà, on avait commencé à me soustraire des clients. Un commercial Travaux Publiques avait été recruté et tous les gros clients du département lui avaient été alloués. A nouveau, je repassais à la purge, demeurant la meilleure vendeuse sur le secteur, avec cette deuxième redistribution. Ainsi, plus tard je verrai mon généreux chef d’agence me redonner certains clients avec le grand sourire de celui qui veut vous faire croire qu’il est votre meilleur copain. Le commercial précité ayant échoué sur toute la longueur (un de plus), et surtout ayant fait fuir l’essentiel des clients, il fallait remettre sur pieds le fichier. Avant de le diviser à nouveau un an plus tard…

Mais même après trois ans, il y a un événement qui n’est toujours pas passé.

Deux mois après sa nomination, au magasin ouvert aux quatre vents parce que confié au fameux débile, cent euro disparurent de la caisse de celui-ci. Ce matin-là, comme il arrivait que je le fasse très ponctuellement, je m’installais au bureau pour faire des fax pour la secrétaire ou ressortir des prix d’achat. Les trois sédentaires étaient occupés à décharger un camion pour une cession, et à mon entrée dans la boite, je croisais un ATC qui devait finir de faire la même chose que moi, je concluais. Ainsi, lorsque je repassais deux ou trois heures après, le chef de magasin m’interpellait pour savoir si le matin j’avais pris de l’argent qui traînait dans une enveloppe prête pour la banque. Sur le moment, j’imaginais une énième question d’attardé qui aurait même oublié son slip aux pieds des toilettes. Seulement comptant les individus passés à ce moment dans la pièce, et lui soumettant l’idée d’en informer le chef d’agence pour que chacun soit interrogé individuellement le jour même, j’étais loin d’imaginer ce qui allait me tomber sur la tête trois jours après.

Comme tous les vendredis, je me rendais au dépôt principal pour faire état de ma semaine. Et à peine celui-ci fut ponctué, le sujet de cet incident fut abordé. Je le revois avec son sourire mielleux qui allait de paire avec sa tête de faux jeton. Comme parce que je suis du bon coté du bureau je peux avancer ce que bon me semble, et ce sera parole de sainteté. Comme expliqué précédemment, le gros inconvénient d’une structure segmentée en régions, est que le rapporteur fait foi et si sa hiérarchie ne se déplace pas pour aller humer le terrain, tout demeure opaque en définitive. Un seul individu, quelque soit sa valeur, fait la pluie et le beau temps sur une région, et si son subordonné direct n’a pas le courage de viser au dessus pour donner la réelle couleur des maux, personne là haut n’est au courant de l’erreur de casting.

« Qui vole un œuf, vole un bœuf. » La semaine passée, au terme de cette réunion qui avait lieu à mon dépôt de rattachement, voyant les nouveaux catalogues disponibles sur une palette, je m’étais empressée de saisir un carton pour mes clients sans attendre que quiconque me donne l’autorisation. Je savais comment se déroulaient les choses, et patienter était aussi le meilleur moyen de ne rien voir du tout. Donc, durant notre entretien, de son intention de me donner un lot de catalogues, je lui répliquais simplement que je m’étais déjà servie sept jours avant, et qu’il devait en tenir compte sur cette répartition. Bien mal m’en avait pris…Je lui donnais ainsi un argument supplémentaire pour m’accuser. C’est amusant comment les choses peuvent être si simples quand on est persuadé de connaître la vérité. Ou tout du moins quand on est du bon coté du bureau donc. En fait c’est la posture qui facilite le jugement. Dieu nous juge tous, mais en entreprise Dieu est effacé par un chef. Même petit chef, il reste un chef. Au même titre qu’on vous appuie sur la tête lorsqu’on se concentre sur une croix sans voir autre chose qu’elle. Lui n’avait pas besoin de raisonnements très psychologiques, pas besoin de voir qu’il jugeait sa meilleure commerciale sur un fait qui concernait aussi quatre de ses collègues, pas besoin de repenser la matinée avec les aller et venues dans la boite, pas besoin de faire montre de confrontation groupée. Non du tout. Parce que lui savait. Vol de catalogues, vol de cent euro. Point !

Je me souviens sortir du bureau pour une pause, et prendre mon téléphone pour régler un différent avec l’ATC que j’avais croisé le dit jour. Par la même occasion je lui touchais mot de ce reproche, espérant de vive voix qu’il n’était pas à l’origine de cette disparition. Plus tard, en fait six mois après puisqu’il sera à peine resté un an chez nous, j’apprendrai que tous savaient qu’il était à l’origine du vol dés le début, tout comme le chef d’agence… Chacun sera tombé de haut en apprenant que je fus accusée sur le moment. Plusieurs diront même à vif, puisque sortant de cette condamnation j’en avais informé tout le monde, qu’il faisait une erreur et même sans connaître les protagonistes me pointer du doigt était une énorme déconvenue. L’intéressé ne dira rien, peut être parce qu’un chef comme un arbitre préfère être détesté plutôt que reconnu. Après tout, durant leurs fameuses réunions cadres, au terme de toutes ces années je suis toujours bien en mal de dire quel bourrage de crâne on leur inflige pour éternellement leur faire croire qu’il y a eux et les autres. C’est bien connu, comme dans toute entreprise, il ne restera toujours qu’eux.

Après cette pause, lorsque je rentrais à nouveau dans son bureau, je me souviens lui dire que je n’acceptais pas cette facilité (avec mes mots à moi). A partir de ce moment, chaque fois que nous nous sommes revus, je prenais soin de quitter son espace quand il s’absentait de la pièce. Ce que ne manqua pas de relever un jour le chef de mon dépôt de rattachement. Et me demandant une explication, j’avançais que j’étais une voleuse, donc je ne rentrais pas seule dans un bureau, ni ne restais sans accompagnement dans un de ceux-ci par la même occasion. Il tomba des nues, et compris que j’aurais de la mémoire pour longtemps, et que dés son troisième mois sur l’agence nous étions les meilleurs copains de la Terre. Ceci dura quelques mois en fait, mais ce fut une certaine gymnastique quand vous avez des documents à sortir d’un dépôt et qu’il faut trouver une personne disponible pour y rentrer avec vous. Un sport qui aussi me permettait de dissiper les futures emmerdes, parce que je savais que ça ne faisait que commencer avec lui.

Accuser de malhonnêteté mon individu fut mon unique grosse déception de cette dizaine d’années passée dans cette entreprise. Avec le temps aussi mon seul regret. Je suis loin de ressasser ce passage dans ma tête, bien sûr. Mais maintenant que je mets tout ceci sur papier, je dirais que là a aussi été mon erreur à moi. J’ai mal agi et de ses échecs on apprend. Si la situation venait à se renouveler je ferais différemment, mais j’ai aussi peur que celui qui s’y risque prenne pour Princesse. Surtout que je reste convaincue qu’il n’y aurait pas eu de conséquences à sa punition. En effet, deux mois après son arrivée, qu’il le nie ou qu’il l’admette, que la meilleure vendeuse et la plus rentable soit soupçonnée d’avoir imprimé ses quatre doigts sur le visage du nouveau chef d’agence. Quels en auraient été les aboutissants ? J’aurais tendance à dire que dans une structure normalement constituée, un chef dirait à la face en surimpression qu’il se pose les bonnes questions attendu que tout ceci ne s’était jamais vu auparavant. De plus, que dire à un élément qui est une source de valeur ajoutée à hauteur de plus de trois cent mille euros chaque année, alors que l’autre était payé à rester le cul vissé derrière un bureau quand il ne bullait pas en RTT ? Donc, leçon pour plus tard.

Plus d’un an après, lors de mon premier entretien individuel annuel, dés le début j’expliquais aux deux inspecteurs-à-la-sueur-économisée que j’avais été accusée de vol et que j’attendais encore mon blâme. Même si toute l’agence était au fait depuis toujours, le Double Zéro Chef des Ventes au terme de quatre années tombait des nues à apprendre cette histoire (…), et l’accusateur me soutenait sans défaillance aucune et droit dans les yeux, qu’il n’avait jamais tenu ces propos…

Le ton d’alors touchait tellement à l’évidence qu’il me rappela celui utilisé lorsque fin 2012 je demandais à m’entretenir avec lui pour réclamer une augmentation. Je lui détaillais ainsi atteindre mes objectifs en marge depuis plus de dix ans sans la moindre plainte de quiconque tant au niveau de mes clients que de mes collègues, et qu’il me semblait légitime d’être valorisée voyant que pas un de mes supérieurs ne s’en était inquiété toutes ces années. Cette réaction faisait suite à la lettre d’information des syndicats qui avait alors circulé dans tout le réseau. Seulement là aussi, par une logique si bien établie à ses yeux soulignée par son étonnement à me voir demander un minimum de reconnaissance, le franc du collier me réclama d’avantage d’ouvertures de comptes pour accéder à ma requête, sachant qu’à cet instant il appuyait aussi là où ça faisait mal. J’étais en train d’exposer à l’anguille que ce geste aurait du venir de lui depuis tout ce temps, et le fin manager ne trouvait rien d’autre que de me parler de drainer de nouveaux plombiers dans mon fichiers clients. Je lui révélais que sa meilleure commerciale du secteur n’avait jamais été reconnue comme telle, et lui m’invoquait d’ouvrir de nouveaux comptes (?!), attendu que huit mois plus tôt il commençait à me déshabiller de mon listing. Même dans ce genre de situation il était incapable de dire les choses honnêtement. De liberté salariale Il n’en avait pas la possibilité à cette époque, mais pouvait me mettre en tête de promotions sur le prochain exercice et me le vendre ainsi. Mais il était plus facile de dévoiler ce qui me faisait défaut et s’étonner que je me rêve valorisée même si j’étais depuis toujours un maillon essentiel dans l’agence. Pour la franchise et la transparence il n’était pas meilleur dans ce contexte non plus. Nous n’étions vraiment aidés en rien, ou plutôt l’entreprise ne l’était pas. Car tout était réuni dans ce genre de sketch bien de chez nous, pour transformer un bon élément en élément passable. Ou comment faire du médiocre avec ce qui aurait été excellent par le passé.

Il est aussi utile de préciser quel fut son surnom durant ces deux années parmi nous. Toujours si présentable, au final à vous rappeler ce que vous ne seriez jamais. Pas ici de délit de sale gueule, non-non ! Mais en adéquation avec son monde de cadres, plus que celui de nous autres sous fifres qui étions la base du système. La majorité en somme avait cette faculté, voire ce respect à se fondre parmi leurs gars alors qu’elle se situait au delà, mais le regarder lui nous ramenait aux nouilles que nous étions. Sur le terrain ses semblables des autres régions jouaient l’assimilation, mais lui avait cette capacité à cultiver sa différence qui faisait que nous l’acceptions vraiment comme chef… Assurément. Pour l’avoir escorté chez mes clients, je sentais bien le professionnel de la vente, le communiquant qui avait l’habitude d’aller au charbon. Je dénotais avec mon vocabulaire…. d’artisan. Mais heureusement que s’affichant avec son beau costume il rétablissait l’équilibre des capacités intellectuelles. Ce qui me valut de belles remontées quand je me présentais à nouveau seule, notamment pour des choses qu’il s’était engagé à faire et qui n’avait pas suivi.  D’où son petit nom de Princesse.

Ainsi, Princesse prit le relais de la Bourgeoise. L’un comme l’autre avait ces aptitudes propres à ceux qui regardent les autres travailler. L’analyse est toujours facile, c’est toujours plus simple de prendre des commandes quand on arrive après la guerre. Ce qu’il faisait comme remarque à l’encontre de notre chef des ventes d’ailleurs. Un improductif qui va juger un autre improductif. Et, le classique de chez classique dans les réunions d’agence, « c’est pas déconnant ». Le plombier utilise du tube en 32 et 40, donc c’est pas déconnant de lui vendre des coudes en 32 et 40. Les concurrents vendent des cumulus, c’est alors pas déconnant de vendre des cumulus. Si le client utilise des réhausses béton, c’est pas déconnant qu’il ait besoin d’un tampon fonte. Il se vend pour trois millions d’électroportatif chez nous, c’est pas déconnant de faire plus puisqu’on est des petits sur ce marché… Du pas déconnant, en veux-tu, en voilà !

Ce qui a toujours existé mais qui a empiré à son arrivée, ce fut d’aller chaque semaine fouiller dans les bons comptants. Chaque commerciaux avaient leurs fichiers clients d’attribués, mais il arrivait fréquemment que nous prenions des commandes en règlement immédiat, voire que nos propres clients fassent payer leur client particulier directement. Autant au dépôt qu’en livraison, soit une personne morale ne voulant pas ouvrir de compte chez nous, ou même une personne physique toute simple qui était passée par l’itinérant. Et dans ces moments-là, sport assuré ! Si le code de l’ATC n’était pas saisi, le chiffre ne rentrait pas dans nos rémunérations. Déjà avec le chef d’agence précédent il fallait se rouler par terre, mais avec Princesse nous atteignons des sommets. Je me suis même vue refuser la commission sur un client à moi venu avec son particulier prendre un gros lot, parce qu’à l’origine pour le chiffrage j’avais renvoyé celui-ci sur le dépôt qui saurait lui donner les frais de port définitifs avant la transaction. Alors, tout contrôler sans répits. Car la bonne idée était venue depuis deux ans d’informer les chefs de dépôts que commissionner les commerciaux en plus sur ces bons coûtait de la charge salariale supplémentaire à l’agence. Et pour des raisons de primes pour les cadres, comme pour le siège, il était fortement recommandé d’oublier ces détails au dépend des sous fifres donc. Ou comment transpirer pour uniquement engraisser ses chefs respectifs…

Outre le fait qu’au bout d’un an, nous apprenions que son dépôt en Espagne avait fermé à son départ, il ne fallut pas être expert en finance pour comprendre que ce ne serait pas encore le bon. Même si certains sédentaires ne jurant que par lui, par intérêt comme on le ferait dans une administration bien française plutôt que passer par la promotion canapé (le canapé étant remplacé par des chambres béton), le mettaient sur un piédestal bien réel, il était évident qu’il traînait des lacunes bien réelles elles aussi. Coté management donc, pas besoin d’une année même pour s’en informer. Mais comme beaucoup, je ne lui aurais pas confié mes cordons de ma bourse de peur de voir s’évanouir mes fonds subitement. Mais je crois qu’à ce propos beaucoup de cadres étaient dans ce cas au sain de l’entreprise. Ainsi, en octobre 2012, un client noté marron en raison d’un règlement dû, et sur lequel notre super chef d’agence avait doublé le compte pour y apposer son code commercial afin de détourner l’ATC d’origine de sa commission, fut malgré tout livré de plus de soixante mille euro de matériel. Il était question d’une station d’épuration à livrer sur l’arrière pays; l’opération visait à soustraire le commercial de sa rémunération en premier lieu, mais comme la commande avait été gérée depuis le compte vierge, personne ne distingua que le client avait un impayé. Au moment de livrer, et devant le profil légèrement brutal du destinataire, Princesse accepta d’envoyer le camion du fabriquant décharger. Une fabrication sur mesure qui fit que durant près d’un mois notre super décideur serra les fesses le temps que le compte d’origine redevienne vert. Attendu que durant la même période, le siège harcelait le dépôt pour savoir pourquoi cette entrée de stock n’était toujours pas facturée. Et sachant que le délai de règlement de quarante cinq jours commençait donc à facturation, le client aura bénéficié du double de son délai pour payer.

Autant dire qu’ayant lancé une fabrication pour un client bancal tel que nous le connaissions tous (c’était de notoriété publique chez tous les fournisseurs), et par un regard vicieux à vouloir blouser le commercial qu’il avait dans le nez à cet instant, il pouvait mettre l’agence à genou sur une unique opération. L’impayé était à hauteur de mille cinq cent euro à peine, et sans le savoir ce destinataire en faisant un gribouillis sur le bon de livraison pouvait se faire livrer à l’œil ce jour-là. La structure étant en société, plus d’un en aurait profité pour se mettre en défaut de paiement et planter le novice expert en bizarreries administratives.

Mais, à mon insu je fus aussi ciblée par une de ces pirouettes comptables bien avant. Ainsi, à son arrivée Princesse me dirigea presqu’aussitôt sur un campus rénové à proximité du magasin, sachant que ce marché public avait été remporté par une grosse entreprise espagnole. Il ne fallut pas longtemps au fin manager pour comprendre que cette dernière déjà cliente sur feu l’agence de ses premières responsabilités, avait alors des difficultés à honorer ses factures même deux cents jours après les livraisons et qu’il en serait de même de l’autre coté de la frontière. Il était au moins capable de cette analyse évidente, dirons-nous. Enfin au premier abord.En effet, alors que je le relançais pour des prix demandés par le chef de chantier avec qui j’avais réussi au terme d’une bonne heure à établir une liste de produits, malgré le barrage de la langue, il me demanda d’abandonner la liaison. Pour raisons financières, et un trop gros risque pour les dépôts, il justifia donc. Ainsi quelle fut ma surprise un mois plus tard de voir le magasin recevoir au comptoir des interlocuteurs ibériques et y aller le plus cordialement du monde. De bons clients avec qui on se tapait volontiers dans le dos, à deux doigts de se passer la langue sur le lobe de l’oreille. On me servit que c’était autre chose, donc rien à voir avec mes contacts même si le chantier demeurait le même. Par la suite je compris qu’effectivement je ne les connaissais pas, puisque moi j’avais eu à faire à leur supérieur directement. Vas-y que je t’embrouille ma Sucrette.

Seulement, pour des gagne-petits bureaucrates obsédés par la facturation, la réalité financière se rappela à eux presque de façon chronologique, pour ne pas utiliser de mots davantage assassins. Ainsi, près de deux ans plus tard, quand arriva le moment de plier bagage et de faire le bilan de ses exploits sur l’agence, nous pouvions alors établir le montant des casseroles hispaniques de Princesse. Une autre structure travaillant sur des logements neufs dans une commune limitrophe au magasin, était aussi à la traîne sur ses règlements, et avait ce point commun d’être espagnole. Dire que la totalité des sommes dues nous sera passée sous le nez serait de mauvaise foi. Mais il est certain que la moitié ne fut jamais honorée, puisque courant 2014 l’agence renonçait aux provisions retenues. Pour un chef maîtrisant la langue et tous ces plus qui font qu’on le voit au dessus du lot, l’addition donnait à sourire. Finalement il avait eu raison de me faire ce coup dans le dos. Un grand merci.

Au sujet de ce même précédent commercial, il faut aussi souligner une énième disposition à donner envie à son personnel. En effet, ce dernier était en place depuis deux ou trois mois quand il embaucha début 2012 sur l’agence. Une splendide casserole transmise par la Bourgeoise qui même restée un an à peine sur le département en avait aussi un bon lot collé à son derrière. Ainsi, au retour d’une réunion DR en mai, il se retrouva sur le parking du magasin pour récupérer sa voiture, accompagné de notre collègue artiste de sa capacité à faire disparaître les billets de cent euro. La parfaite équipe de vainqueurs qui aurait d’ailleurs du mettre la puce à l’oreille de nos supérieurs quand arriva ce qui arriva. Ainsi, on apprit la semaine suivante que l’un sortant du véhicule fit un faux mouvement et se tordit la hanche, et atterrit à l’hôpital à peine plus loin. Il en résulta qu’il dut se faire opérer, et obligation fut faite de ne pas se déplacer en voiture pendant six mois. Pour un commercial itinérant, il faut dire que la verrue s’annonçait garnie. Seulement l’histoire ne s’arrêtait pas là. Il fut convenu qu’il assume son poste de vendeur mais de façon sédentaire depuis son dépôt de rattachement durant cette période. Attendu qu’il habitait juste derrière celui-ci, sa femme le descendait chaque matin sans souci.

Même disposé à relancer les clients par téléphone, on ne peut pas se satisfaire d’un tel acteur dans une entreprise. De plus, déjà étiqueté pour son manque de résultats, il les cumulait assurément, mais son cas ne serait pas le pire en définitive. Même avec ce qui suivrait. Reprenant le travail normalement pour septembre, il fut licencié en janvier suivant après avoir utilisé son véhicule de fonction durant un week end et l’avoir par la même occasion plié. Il ne manquait que cette faute grave à Princesse pour enfin se débarrasser d’un qui lui tenait tête, à raison. Bien plus tard toute l’agence sut, mais me concernant j’étais au courant depuis le Noel précédent. Son problème de hanche n’avait jamais eu lieu près d’un an auparavant, tout ceci n’était qu’une combine avec le second commercial roublard tout comme lui durant le transfert d’une voiture à l’autre. En effet, une ancienne condamnation traînait pour conduite en état d’ivresse, et il fallait qu’il rende son permis pour six mois à exécution. Ainsi, de concert avec son binôme tout aussi tordu, ils convinrent de simuler cette défaillance sur le retour afin de se faire arrêter, même si la Sécurité Sociale était mise à contribution inutilement pour une opération. Par un superbe roman que tous gobèrent sans la moindre question, il conserva son poste. Personne ne chercha à fouiner plus que ça, sachant que ce ne serait qu’un court répit, au vu de résultats commerciaux qui ne seraient jamais là.

Début 2013, son cas était soldé, ainsi que celui de l’adorateur de tirelires (six mois plus tôt à son sujet). Mais le meilleur restait à venir. Il va sans dire que les postes de cadres dans un tel système laissaient une liberté totale à partir du moment où le fonctionnement de base était assuré. Si le flux de valeur ajoutée est stoppé, ils doivent en répondre. Mais je me suis souvent dit que sans chefs l’entreprise avancerait toujours, à partir du moment où il y aurait une personne pour ouvrir et fermer la boutique. Seulement pour comprendre ce qui se passe dans la tête d’un responsable, il faut s’éclairer au regard d’un organigramme. Nous sommes tous les sous fifres d’un autre, et par delà une excuse permanente pour notre supérieur.

La perle fut recrutée en décembre. Alors là, merci de vous accrocher. J’ai souvent fait écho de cette trouvaille lors de rencontres professionnelles comme personnelles, et tous les avis furent unanimes. Si le cas n’était que fiction, ce serait à mourir de rire. Et ce prochain passage est à destination de tous les cadres qui se sentent inappropriés. Si-si il existe pire que vous, le top du top !

Un ancien de la téléphonie mobile, expert en vente à distance. Il nous fut présenté comme un tueur. A premier abord un individu ayant roulé sa bosse, la quarantaine naissante, très communicant comme à l’aise à découvrir un nouveau produit. Plus tard, il nous sera fait écho de son parcours personnel chaotique, mais qui à notre époque peut se vanter de n’avoir jamais connu de contrariétés dans sa vie ? Et lui serait durant douze mois celle de notre super chef d’agence.

Un recrutement comme même l’administration française n’aurait su faire. Passé par un cabinet externe de chasseur de têtes, et au terme de quatre entretiens, personne de nos deux danseuses ne perçut sa défaillance essentielle. Qui fut d’ailleurs tout de suite imprimée lorsque le personnel des dépôts se présenta à lui, et ce dés le premier jour. Pour information, nous étions au troisième commercial depuis à peine plus d’un an, mais à celui-là il faudra rendre grâce puisqu’il aura explosé tous les standards. En fait, il exercera à peine six mois. Mais pour être plus précis, il faudrait dire six mois à mi-temps. Attendu que pour cuver une bonne matinée est requise, même si la cuite se consume avant minuit. Ainsi, le kit de gonflage de la C3 avait laissé sa place à une bouteille en plastique remplie de vodka sous le fauteuil conducteur. Et durant une tournée accompagné de Princesse, il ironisa même à boire devant lui ce qu’il faisait passer pour un médicament, ce même récipient ne le quittant jamais lors du moindre déplacement.

Tout le monde savait qu’il buvait, y compris les clients, et même sans le confondre, son manque de résultats et son incapacité à assurer une journée complète de travail n’ont servi en rien à nos très chers cadres pour enfin se décider. L’un attendant après l’initiative de l’autre, vu qu’aucun des deux n’assumait cette superbe casserole. Cette erreur de recrutement coûta à l’entreprise durant un an. Pour son premier semestre, nul ne fut assez vicieux pour le mettre en défaut alors que tous les arguments étaient disponibles pour s’en débarrasser. L’art et la manière de revendiquer son salaire de responsable aux yeux de tous, en se défilant de ses obligations. Il faut aussi croire qu’à cette époque la tige  de la direction régionale qui était au dessus d’eux n’était pas plus incommodée. Ou compétente. Puis brusquement, cette anomalie disparut du paysage durant juillet 2013.

Et là, c’est du grand art ! Sentant le vent tourner, il cumula les arrêts maladie pour dépression. Au point d’être confondu durant un premier suite à l’utilisation de la carte carburant de l’entreprise, qui offrit une superbe occasion à notre couple de danseuses pour lui signifier son licenciement. Seulement le guignol étant à cet instant sans domicile fixe, il ne reçut jamais son courrier. Et avec le temps, il laissait régulièrement ses avis de prolongation dans la boite aux lettres du dépôt sans vraiment savoir qu’il ne faisait plus partie de l’entreprise. Ceci l’arrangeait en somme. Il disposait ainsi du véhicule de société pour y dormir, et il arriva même qu’il me téléphone pour lui faire un plein attendu que sa carte avait été bloquée évidemment. Et cette situation débile dura six mois, et plus précisément durant un an la structure eut à supporter un recrutement foireux qui ne fut pas plus rentable que ça, et qui s’avéra être une catastrophe dans sa gestion. Un an ! Combien d’entreprises pourraient survivre à un tel coût ? Qui plus est, combien de patrons accepteraient de rémunérer les fautifs à l’origine de cette erreur de casting sans leur faire subir le moindre blâme pour incompétence ? Il est juste question ici d’une simple embauche, je laisse libre à chacun de penser ce que devait être les autres aboutissants au final dans une fonction de chef d’agence…

En fin d’année, après un jeu de positions entre les deux cadres et une lutte qui ne disait pas son nom pour apposer ses initiales sur un papier officiel, le chef des ventes se leva enfin le derrière pour aller porter plainte pour vol de véhicule. Près de six mois après le premier arrêt maladie… Il ne fallut pas longtemps à ces gens compétents qu’on appelle policiers municipaux pour que eux assurent leur travail. Ainsi début décembre le fautif fut confondu et on put alors revoir une voiture qui était à la charge de la structure sans rapporter de valeur ajoutée depuis plus d’un semestre. Seulement Princesse avait pris un second envol plus profitable avant cette nouvelle, en effet avant de solder cette énième casserole il fut nommé DR dans une autre région. Cherchez l’erreur. Il nous apparut alors que depuis deux ans il était convenu de le faire évoluer après la faillite de son dépôt en Espagne vers un poste de responsable régional, et notre agence était une simple étape. Pas l’étape pour le légitimer il fallait comprendre, vues les boulettes qu’il aura imprimées sur son passage. Mais il faut croire que tout ceci fait partie d’un plan dans une société comme celle-ci et que celui-ci nous échappe. Vraiment. Un nouvel exemple de gratification envers une personne pour ses incapacités à assumer un poste de base, mais tellement capable de beaucoup mieux.

Ainsi, à la relecture des échanges que j’ai pu avoir par mail avec mes supérieurs, il me revient de belles perles qui paraissaient tellement normales sur notre zone. A moins qu’elles ne furent nationales car je voyais bien tous ces guignols s’y soumettre car plus haut consigne était donnée en ce sens. Donc, juste avant les vacances d’été en 2013, notre lumière me demanda de prendre contact avec un client pour une commande et de la valider sur ce boulet de Malus par la suite. Il se garda de me préciser que celui-ci était déjà passé au dépôt donner le détail des articles nécessaires au magasinier pour qu’il fasse la démarche auprès des fournisseurs. Il est alors inutile de dire que le client m’incendia en comprenant que sa demande n’avait pas été suivie d’effet par les sédentaires, qui plus est lui même ayant aussitôt oublié le contenu réel de sa commande. En effet, partant du principe que son interlocuteur avait pris note, il était alors passé à autre chose, considérant que le travail serait assuré par nos soins. Bien mal lui en avait pris donc.

Comme de coutume il fut décidé d’envoyer la commerciale pour en prendre plein la tête, et surtout pour qu’elle saisisse les références sur son ordinateur portable. Puisque là reposait la subtilité. Le DR avait dit que tout devait être validé par cet outil sans exception, afin de faire tourner la machine (bancale); et comme il se révélait bien au delà des moyens d’un cadre à demander à un magasinier de bien faire son boulot, on faisait faire des kilomètres supplémentaires aux itinérants en faisant double emploi sur une tâche si aisée à l’origine. Mais pourquoi faire simple quand on pouvait faire compliqué ? Si je ne traitais pas l’information, mon chiffre d’affaires s’en ressentirait, et si j’avais pu passer mes journées au dépôt afin de saisir tous les enlèvements au comptoir notre super chef d’agence aurait une fois de plus profité de félicitations lors de ses si utiles réunions cadre. Les statistiques faisant foi bien avant la satisfaction de nos débiteurs, il allait sans dire. Là encore on se torturait l’esprit sur des évidences, un client supplémentaire se voyait indiquer la direction de la concurrence, mais attendu que nous disposions d’un chef qui se croyait capable… Le service informatique devait aussi justifier de son coût. C’était surtout ça finalement.

Il était d’ailleurs évident que depuis un an il se positionnait sur des projets liés au siège, comme celui de cette réussite informatique nommée Malus. Dans le langage artisan qui est le mien, je disais qu’il savait lécher comme il fallait chaque fois qu’il faisait le voyage là haut. Ca cachait soit une ambition toute autre que celle déjà acquise, soit une assurance gestion-foireuse qu’il aurait eu à justifier au dépend de son subordonné direct si un jour il avait fallu donner des explications. Car tout là reposait le leitmotiv de ces fonctions. L’art et la manière de se couvrir en cas de tempête. Il n’aura pas eu à le faire semble-t-il, même si les résultats de notre agence n’avaient rien d’exceptionnels, celle-ci une fois de plus après sa première espagnole qui ne lui avait pas survécu. Donc rien de nouveau au terme de 2013, juste continuer à entretenir les apparences.

Alors que dans le réseau certains commerciaux cumulaient deux emplois attendu que les salaires ne permettaient pas de vivre convenablement, une addition de charges de quatre vingt cinq milles euro (minimum…) disparaissait de notre agence. Ainsi, devant tant de brillance managériale et d’émoluments mérités, qui s’en serait plaint en définitive ?

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