14 mars 2015 ~ 10 Commentaires

De ces échecs.

Ce jour là nous étions trois à être conviés à la demande de celui qui avait le charisme d’une huitre dans un bol de morve. Le 14 avril de l’année dernière durant tout un après midi, les uns après les autres nous passions devant deux lumières venues nous juger comme elles savaient si bien le faire, dont le chef d’agence nommé en intérim qui se voyait hériter de ce sacré boulet.  La convocation fut lancée à mon encontre le lundi matin pour l’après midi, ainsi j’eus presqu’envie de remercier mon supérieur de me faire cette fleur et m’épargner un week end de stress. Par pure ironie attendu qu’il y avait bien longtemps que je ne me retournais plus le cerveau, et que tout ce cirque de petite administration me faisait rire plus qu’autre chose. Le concernant lui, mon chef des ventes avait eu vent de ce tir groupé dés le vendredi, donc trois jours plus tôt. Il allait sans dire que durant tout ce temps il avait du ardemment manger son stylo en vue de cette échéance. Depuis sa nomination à la mi 2009, il avait toujours été sur la sellette, et même si sur le moment il était question de mettre une dernière pression sur le vendeur de vin bon à rien de mon dépôt de rattachement, que le DR souhaita voir tous les déficients du secteur étaient un mauvais signe. Tout du moins pour ceux qui avaient des casseroles à cet instant.

Donc depuis près d’un an l’interrogation s’imposait à savoir qui de nous deux devait être congédié, d’un administratif ou d’une chasseuse de valeur ajoutée. Surtout pour faire un exemple aux yeux de tous, dans l’espoir de signifier aux autres effectifs que nos supérieurs faisaient montre d’autorité faute d’être exemplaire en exécution chiffrée.  De plus, comme l’agence affichait des lignes comptables désespérantes de résultat pour la deuxième région la plus riche de France, et ce depuis assez de temps pour faire croire que les vacances subventionnées par le siège avaient toujours cours. Il fallait comprendre que bien au delà de notre zone géographique le sort fut rêvé, puisque du dépôt disposant du premier pôle d’attraction commercial après la capitale cumulait à peine les chiffres d’une moyenne agence de Normandie. Donc, tout allait pour le mieux, les maux se situaient forcément chez nous. Cette information n’était en rien officielle, seulement il suffisait d’avoir quelques affinités avec les fournisseurs pour que ceux-ci nous fassent part du vaudeville qui se jouait en coulisses sur toute la région sud. Un de plus qui s’affairait à trancher le sort de ce qui faisait finalement la force de l’entreprise. Ce tour de magie financé par le fruit de mon travail depuis près de quinze ans, prétendait à cet instant me soumettre à un ultime jugement, qui était en somme scier la branche sur laquelle il était confortablement assis. Rien de plus.

Une énième fois, mais par celui qui s’était toujours fait inexistant depuis son intégration à la société, on allait soumettre à la critique une exécutante qui chaque année en moyenne ramenait trois cent mille euro de marge à son employeur, tout en se montrant d’une extrême rigueur dans son travail aux yeux des clients comme dans l’approche administrative. Il fallait croire qu’à ce moment il me mettait au même niveau que le Double Zéro qui durant toute sa carrière n’avait fait que regarder les autres travailler; il fallait croire que plus haut on avait omis de lui expliquer que j’étais une aubaine pour son petit poste de contrôleur. Une aubaine à chérir plutôt qu’à freiner dans son quotidien. Et surtout une aubaine à qui il aurait fallu soustraire l’autorité d’un supérieur qui n’avait de fonction que pour prendre son large chèque chaque mois. Ma marge !

Ainsi, reconnaissant mon utilité à l’ensemble, j’eus le privilège de m’entretenir la première. Les deux organisateurs de séminaires me faisaient face, et à mon grand étonnement cette verrue de cinq ans se tenait à mes cotés. Comme lorsqu’un policier s’exprime la vitre baissée, on m’interrogea si je savais pourquoi nous nous entretenions ce jour-là. Ainsi, je me souviens avoir ironisé les cinq premières minutes, et quand le naturel se manifesta je pris en même temps conscience que cette parodie de réunion de professeurs n’était nullement à charge pour moi. En effet l’atmosphère se présentait plus pesante pour eux que pour ma personne. Il ne fallait pas être un fin psychologue pour sentir leur malaise. Je m’étais peut être trop avancée à dire qu’ils était des égarés de la soustraction, et que finalement il était possible qu’ils aient un minimum de bon sens. Il était possible que mon profil fut à sauver plutôt que celui du chef en décoration.

Quand ils m’informèrent que je ne faisais pas mes objectifs dés le début, en fait ma réponse dut calmer les figurants dans leur élan. Ainsi j’opposais que mes chiffres étaient très bons, et sans commentaires. Et devant leur stupéfaction, je leur expliquais que si ils leurs rajoutaient la somme de tous ces clients qu’on m’avait retirés depuis près de trois ans, je devais même être en progression. Donc rien à dire.

Et la gène se fit sentir dés ce moment-là. La truite m’expliqua alors que s’ils me coupaient une jambe c’était pour me libérer du temps afin que je prospecte de nouveaux clients. Et en l’occurrence depuis janvier je ne faisais plus d’ouvertures de compte. Donc double déficience. Ce qui en suivit fut de la déco puisque brusquement j’avais la main sur un entretien qui était de leur initiative. J’acquiesçais à l’occasion, et me montrais presque conciliante en découvrant de nouvelles couleurs. Je répondais à leurs objections, et s’il m’était venu à l’idée d’interpréter leurs termes trop aisément j’avais peur d’alors souligner que le demeuré à ma droite ne servait vraiment à rien. Si soudainement ces danseuses comprenaient que nul besoin d’être cadre pour distinguer les couleurs, elles se seraient assurément vexées, et au sortir de l’aquarium j’aurais presqu’eu envie d’aller travailler. Ainsi, depuis toujours ma détermination à ne rien dévoiler ou à tout cacher de ma personne en dehors de mon métier, avait assurément joué durant cette maigre demi heure. Alors que certains me côtoyaient depuis près de dix ans, ils n’avaient retenu que mon naturel et ma franchise à aborder toutes circonstances, et ainsi rien de mes faiblesses qui auraient pu joncher ma vie privée. Pour ces super chefs, j’étais effectivement un numéro sur lequel ils ne pouvaient pas coller de qualificatifs pertinents. Et donc rabaissant.

Comme un autre rappel de fonctionnement du moment, le chef d’agence m’expliqua que je devais tout prendre en chantier, sans faire attention à la marge. Parce qu’au préalable j’avais avancé que je ne voulais pas sacrifier mes prix et ainsi dévaloriser mon travail de professionnelle, je rejetais des consultations si la valeur ajoutée qui était aussi ma rémunération et l’assurance de la pérennité des dépôts, ne me paraissait pas conséquente. Par cette précision, n’importe qui aurait alors ressorti que je faisais obstruction à la politique de la société en refusant de vendre à une marge nulle, et qu’à ce propos je n’avais pas ma place dans le groupe. Il n’en fut rien. De leurs dire, il n’était pérennité que de prendre du chiffre d’affaires et ainsi brasser de la trésorerie, peu importait que les commerciaux y voient un reflet dans leurs salaires ou non. Par ces quelques éléments je compris alors que notre rendez-vous était une simple formalité. Sur le moment, rien de plus.

Dire non c’est se faire respecter.

Trois ans plus tôt une lettre d’information des syndicats avait circulé dans le réseau. Il apparaissait alors que les coefficients qui faisaient la graduation de nos salaires, variaient du simple au triple pour certains postes. Cette transparence avait donc révélé qu’il était de coutume pour les avertis d’aller mendier une augmentation à la veille des vacances d’été en prévision des budgets déterminés courant septembre. Et cette réclamation se faisait auprès des chefs d’agence qui disposaient d’une enveloppe à discrétion pour faire profiter les effectifs les plus méritant du moment. Il était alors bien question de distribuer l’avantage en fonction du travail de chacun, et en rien en fonction de l’ancienneté. Discrimination, ce pour quoi la lettre était rédigée en conclusion.

Brusquement, tout pragmatique que j’étais pour ne pas dire idiote, je découvrais alors qu’il fallait aller jouer de la langue auprès de ses supérieurs pour être récompensée. Depuis toutes ces années, mon salaire n’avait évolué que du fait de mes performances à la tâche, et par conséquent jugeant le sujet une fois de plus comme mon essentielle motivation, je n’avais pas vu plus loin que l’atteinte de mes objectifs commerciaux. De plus, d’une approche très logique comme relevant d’un réel amateurisme avec le temps, j’avais toujours considéré que ces revalorisations devaient venir de nos chefs sans avoir à aller se rouler par terre pour être à juste titre majorée. Résultant alors du rôle de base d’un vrai manager, tout simplement. Durant les mois qui suivirent mon regard changea sur mes collègues, mais surtout sur ces cadres qui en plus de vivant sur mon labeur, n’avaient pas manqué de se gratifier en totale opacité comme nous savions si bien le faire dans ce pays. Dans la foulée la grille de rémunérations selon les postes dans l’entreprise fut éditée, et l’écart de gain entre les personnes qui y mettaient les mains et celles qui passaient leur journée à compter les points, finit de nous abattre. Car de cette évidence, je ne fus pas la seule sidérée. Un pavé avait été jeté dans la marre, ou dans cette secte qui savait si bien se préserver de ceux du bas.

Toutes ces années, la tête dans le volant dés six heures le matin devant la grille du client, n’hésitant pas à faire suivre des messages par internet quand je rentrais chez moi le soir, toujours consciencieuse dans mon travail au point de réduire mes coûts au maximum dans mon démarchage, d’une fiabilité qui assurait la confiance des clients à faire appel à l’enseigne, cette totale dévotion prenait alors une monumentale raclée. Comment avais-je pu être si professionnelle et impliquée dans mon travail pour des gens qui ne savaient même pas me reconnaître ? Chaque jour je me battais avant tout avec mes propres collègues pour faire aboutir mes engagements commerciaux, et ceux-ci étaient les premiers à se gaver entre initiés sur le dos des imbéciles. Quand ils ne se gavaient pas en volant leur propre patron. Car au final, nous étions tous des crétins. Quel crétin, même malade irait honorer ses engagements ? Parce qu’au sortir de toute cette supercherie, j’allais additionner quinze années d’implication sans même une seule demi journée d’arrêt; j’avais cumulé une moyenne de chiffre d’affaires de un million d’euro par an; et pour finir en beauté mon coefficient de base était semblable à celui d’un chauffeur nouvellement nommé. Faisant ainsi fi de mes défaillances quelles qu’elles soient pour ne surtout pas faire défaut à l’ensemble parce que l’agence comptait sur moi, je mettais un point d’honneur à assumer cette responsabilité. Avant tout par fierté à vouloir me regarder en face chaque matin !

Stressés toute l’année par des chiffres impossibles à atteindre, et quand nous les affichions la récompense était de se voir amputés de notre fichier clients pour recréer un nouveau poste ou le distribuer à des ATC moins méritants. Nous étions en plus chaque mois jugés par des incapables, bureaucrates sans aucune connaissance terrain que celle qu’ils fantasmaient durant leurs réunions feutrées. Gagner davantage d’argent devait donc se faire par l’évolution dans l’organigramme et surtout pas dans cette disposition à aller chercher de la valeur ajoutée. Car au final, la raison d’être de ce négoce national dans la construction reposait sur ce principe de castes. Il n’y avait finalement aucun motif à se lever et se faire mal, si ce n’était pour voir ces danseuses s’auto promouvoir et sermonnant à tout-va du « c’est pas déconnant ».

A peine six mois après ce premier entretien, ma lettre de licenciement me signifia qu’il fallait que je rende à réception mon véhicule ainsi que tout le matériel lié à ma fonction. Même si je demeurais la meilleure en volume de marge de l’agence, avec un taux attestant de la qualité de mes prestations, ces messieurs jugèrent que mes chiffres n’avaient pas bougé, pas plus que celui des ouvertures de compte.

Double Zéro fut nommé chef d’agence deux mois après mon départ.
Les autres illusionnistes sont toujours à leurs postes.
En 2014, le bilan comptable de l’entreprise… a une fois de plus décliné.

10 Réponses à “De ces échecs.”

  1. bonsoir

    toi tu as tout résumé ……….

    je vais prendre le temps de tout lire

    bisous

  2. Une sacrée plume pour raconter le quotidien que d’autres doivent aussi vivre dans cette entreprise.
    J’y suis encore , mais vu la tournure de la conjoncture et de nos fameux leaders, à mon avis, pas pour longtemps.
    Ça me rassure , ce que tu racontes, ce n’est pas réservé à la ou je suis.

  3. Il fallait en avoir gros pour détailler nos journées de labeur.
    Rien de plus vrai, avec une narration exceptionnelle. De l’autre coté du pays je vis exactement la même chose chez FB.
    Le PDG a changé, moins dix points de CA cette année encore, un bénéfice qui s’écroule en 2015. Qu’on vire tous ces cadres payés à regarder les autres bosser !!!

  4. Comme dirait l’autre, « Berner m’a tuer »
    Depuis fin 2011, à peine trois ans et demi auront suffit pour que ces tâches nous coulent la boite en croyant vendre des articles chantier comme ils vendaient des lots de vis.
    Merci encore pour vos remarquables résultats Dominique !!!

  5. il ne faut pas hésité à dire que tu parle de frans bonhomme
    En plus venant d’une fille.
    Bravo même si je n’ai pas encore tou lu !

    • je suis très émue de ce que je viens de lire ,mon conjoint a fait un burn ut et ils osent mettre en doute les certificats médicaux auprès des prudhommes..oui
      Une boite sans scrupule ,qui brise les employés ,qui licencie pour faute pour supprimer des postes budgétaires afin de payer les actionnaires
      ils ont vendu leur âme au diable et détruit ma famille.
      mais que font les soit disant « syndicats » à part manger dans la main des patrons?
      merci merci pour votre courage

      • Un nouveau syndicat viens d’être créé et celui là ne mange pas dans la main du patron, il défend les salariés et si vous avez des problèmes vous pouvez les joindre c’est facile vous pouvez demander au siège qui vous donnerons leurs coordonnés, c’est l’UNSA ! Et croyez moi, ils sont bien les seuls à défendre les salariés, enfin ! (ils viennent d’être éluent et nous aident vraiment ! c’est réel!)

  6. c’est rassurant, j’ai un entretien chez eux ce vendredi…..

    en tout cas, blog intéressant et très complet. Tu dis ne pas être littéraire, je trouve pourtant la synthase et l’orthographe très bonne :) . Articles parfois un peu long mais il fallait que tu y mettes tout ce que tu avais sur le coeur ;) .

  7. Ancien DPDV, malgré une prose des plus remarquable, l’image est très loin de la réalité digne d’un film que même Luc Besson n’aurait osé imaginer.

    • En sincère contradictrice, j’opposerais à votre remarque qui a du vous prendre dix secondes à sa rédaction, que je dresse un journal de quinze ans pour lequel il vous aura fallu près de deux heures pour tout lire. Les visiteurs du blog se feront leur avis assurément. Tout comme vous….


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